AFFAIRE LOREEN
UNE PENSEE SINCERE A LA FAMILLE
Le 18 mai 2008 à Courmangoux, le drame avait coûté la vie à la fille de 6 ans de Jean-François Verguet, renversée par un chauffard qui ne s'est jamais manifesté
Comment cela s'est-il passé, ce jour-là ?
Jean-François Verguet, le père de Loreen : Je suis allé montrer à mon épouse la pose des piquets de la future clôture du parcours de cross, un peu plus bas. Nous sommes revenus à la maison, rentrés boire un verre d'eau. Loreen était sur son vélo. Combien de temps je suis resté à l'intérieur ? Peut-être deux ou quatre minutes, je ne sais pas. Quand je suis ressorti, j'ai pris le tracteur avec la remorque et suis sorti de la propriété. En faisant la man½uvre, j'ai aperçu une masse sombre sur la route. Je n'ai pas pensé tout de suite à Loreen, et puis en me retournant j'ai vu ses bottes. Là j'ai compris qu'il y avait un problème...
Vous avez pensé tout de suite à un chauffard ?
Tout d'abord, ce fut le vide, les cris, l'appel aux secours puis plus rien... Ensuite oui, parce que ça roulait, et ça roule encore assez vite sur cet axe, devant la maison. Loreen avait posé le vélo contre la maison, elle a sans doute voulu aller chercher quelque chose en face ou voir les poneys. Elle n'était pas encore décédée quand je l'ai prise dans mes bras. On a attendu les pompiers des minutes qui semblent des heures, mais en fait ils sont arrivés rapidement sur les lieux, suivis du Samu. Ils ont fait tout leur possible mais il était trop tard. Heureusement, dans notre malheur et par chance aussi, on était là autour d'elle, et on a pu l'accompagner dans ses derniers instants.
Quelque chose vous a intrigué ?
Loreen était proprement allongée, les bras le long du corps, pas du tout en vrac. C'était bizarre. Et puis aucun fragment de véhicule n'a été retrouvé. On s'est posé tout un tas de questions. Et c'est pour ça qu'on voulait absolument avoir accès au dossier, pas pour se faire du mal, mais pour pouvoir poser un ½il neuf sur tout ça. C'est chose faite depuis peu, ça nous a amené des réponses techniques sur l'accident mais aussi des photos très dures.
Comment vous allez ?
Il y a eu un avant, il y aura un après. Pour nous, comme pour Liza, qui réclame souvent sa s½ur, encore maintenant. Elle s'ennuie. Elle ne comprend pas d'être toute seule. Heureusement qu'on avait le centre équestre et les chevaux pour continuer à voir du monde, et ne pas rester isolés. Parce que c'est hyper lourd à vivre.
Vous arrivez quand même à en parler ?
Avec mon épouse, Chrystèle, depuis peu. Nous n'avons pas eu du tout la même démarche vis-à-vis de l'événement. Un homme et une femme ne réagissent pas de la même manière. Personnellement, je me suis réfugié dans le travail, la tête dans le guidon. Puis j'ai liquidé ma boîte sur Lyon, le 7 avril. Je voulais vendre, mais avec la crise, c'était devenu trop compliqué. Du coup, je suis là à plein-temps, au centre équestre pour le développer et en vivre.
Cette enquête qui n'aboutit pas, ça ne tourne pas à l'obsession ?
Non, ce n'est pas une obsession, mais on a besoin de savoir. On cassera les pieds à tout le monde jusqu'à ce qu'on sache. Je dis ça sans aucune défiance vis-à-vis des gendarmes et du juge d'instruction, on sait qu'ils font leur boulot et très bien. Le travail qui a été mené est colossal. Mais dans mon esprit, il y a toujours une chasse à l'homme qui se poursuit et un tiroir entrouvert que j'aimerais refermer un jour...
Est-ce que vous êtes suivis sur le plan psychologique ?
J'ai vu une psychologue de l'Avema (aide aux victimes). J'ai eu des entretiens toutes les trois semaines environ. Ça m'a permis de m'apercevoir que j'évoluais. J'ai compris qu'il y avait un cheminement du deuil, qui passe par tout un tas de phases avec des hauts et des bas, l'abattement, la colère, le dégoût. Chrystèle n'en a pas ressenti le besoin, elle s'est plutôt rapprochée d'une association de parents endeuillés, Jonathan Pierres Vivantes, avec lesquels elle a discuté par Internet au début, puis lié des relations. Le deuil, c'est quelque chose de personnel, chacun le vit à sa façon, et ce n'est pas une maladie contagieuse.
Qu'est-ce que vous en retenez ?
Après ça, on a une tout autre vision de la vie et de la mort, des relations humaines, des vraies priorités, ça permet de relativiser beaucoup de choses. Mais il faut se motiver pour rester en vie. Quand on a côtoyé la mort de si près, il n'y a plus grand-chose qui fait peur. Là, en plus, il s'agit d'un décès particulier, et donc d'une douleur toute particulière. Heureusement, on a eu énormément de soutien ici et on en a toujours, visible ou invisible. L'affaire a marqué les gens, ici à Courmangoux, mais aussi dans toute la région, je m'en suis rendu compte en me rendant régulièrement à Lyon. Nous les en remercions de tout c½ur.
Vous avez une idée du profil type du coupable ?
Non, on peut tout s'imaginer, mais en fait, ça peut être n'importe qui, quelqu'un du coin, qui connaissait bien les petites routes, et qui avait quelque chose à se reprocher, mais aussi quelqu'un de l'autre bout de la France, qui ne connaissait pas du tout la route, qui était venue en visite chez des proches. On mettra la main dessus un jour ou l'autre, je l'espère.
Propos recueillis par Vincent Lanier
Des dizaines de pistes explorées en vain par la gendarmerie
Des dizaines de CD, et les codes d'accès à une véritable base de données. Voilà une semaine aujourd'hui que Jean-François Verguet et son épouse, Chrystèle, les parents de Loreen, ont accès au dossier d'instruction.
Leur avocat, Me Frémion, a fait le nécessaire pour que la famille, partie civile, puisse consulter l'ensemble, « libéré » par le juge d'instruction, à l'issue de l'imposant travail de recoupements engagé par la cellule d'enquête de la gendarmerie.
Un an après le drame (lire par ailleurs), le mystère de la mort de Loreen reste entier. Ni le conducteur de la fameuse Clio grise aperçue par des témoins, roulant à toute allure sur cette petite route qui mène à Saint-Étienne-du-Bois, ni celui d'un Nissan Note qui circulait en sens inverse, n'ont pu être identifiés.
Analyses graphologiques et ADN sur les courriers anonymes de dénonciation, garagistes et gérants de casses automobiles mis à contribution, vérifications des emplois du temps de suspects potentiels, « c'est phénoménal, les moyens qui ont été engagés pour tenter d'élucider l'affaire, tant du côté de la justice que de la gendarmerie », dit le capitaine David Navet, commandant la compagnie de gendarmerie de Bourg-en-Bresse.
Le dossier transmis à la juge, la cellule composée de huit gendarmes va passer à quatre, dans l'attente d'éventuels éléments nouveaux.
Tout ce qui pouvait être entrepris l'a été. Plutôt deux fois qu'une. Plusieurs dizaines de personnes, convoquées et re-convoquées pour des auditions, au cours des derniers mois, peuvent en attester.
« Des auteurs potentiels, on en a quand même eu beaucoup, entre ceux que la rumeur publique nous désignait, certains automobilistes réputés pour rouler un peu vite, d'autres au permis suspendu ou qui auraient eu une autre raison de ne pas s'arrêter le jour de l'accident », analyse le capitaine Navet, persuadé que l'affaire « sortira un jour ».
C'était il y a un an. Il n'est jamais trop tard pour être pris de remords.
V. L.
Repères
18 mai 2008
Il était environ 14 h 10, en ce dimanche après-midi du 18 mai, l'année dernière. Sans témoin direct mais pas sans coupable - un automobiliste qui ne s'est jamais manifesté - l'accident était survenu à deux pas de la maison familiale, sur le CD 118, une petite route de campagne qui serpente de Courmangoux à Saint-Étienne-du-Bois, entre Revermont et Bresse.
Un CD en vente
Objet d'un important battage médiatique, le drame a inspiré un groupe de rap lyonnais Les nègres de la pègre. Le titre « Loreen » fait partie du CD, disponible depuis quelques semaines, en dépôt-vente à l'Espace Cheval (Courmangoux) au pris de 10 ¤. Une partie du prix de l'album sera reversée à l'Avema (Association d'aide aux victimes). Le groupe de rap a un blog à l'adresse http://nesgrepegres.skyrock.com
Signalisation
Propriétaire de ce site de dix-huit hectares, aujourd'hui labellisé « École française d'équitation », Jean-François Verguet n'a cessé depuis le drame de réclamer une signalisation adaptée sur cette route. Pas de zone 30, mais une limitation à 50 km/heure, officialisée en septembre. Les trois bandes de revêtement coloré n'ayant pas passé l'hiver, le service des routes est venu en remettre une couche fin avril. Mais un marquage au sol très visible aurait le mérite de clore le chapitre sécurité routière.